DJI MAVIC 2 PRO PHOTO
Image de  Evan Rouillard Réalisateur - DOP chez Bokeh Production

Retour de
tournage dans la neige

Année neigeuse, année plantureuse

Trucs et astuces pour réussir un tournage dans le froid et la neige.

C’est beau mais c’est froid

La neige, quand elle tombe dans nos contrées tempérées, c’est toujours la promesse de paysages magnifiés, d’ambiances renouvelées, de terrains de glisse pour tous les âges.

Sa relative rareté, au moins pour sa partie filmique ( blanche et vierge de traces ) en fait évidemment un décor de choix  pour les productions et leurs clients.

Mais en obtenir des belles images se mérite, et surtout se prépare. On ne compte plus les projets contrariés par une route trop glissante, ou des batteries rendu inopérante par le froid. Sans oublier les figurants à la limite de l’hypothermie et les doigts du DOP qui congèlent sur ces satanés poignées en métal du matériel.

Mais ce sont souvent des erreurs de jeunesse, des excès de confiance, et on ne se laisse prendre généralement qu’une fois.

Toutefois voici une piqûre de rappel pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir pratiqué les montagnes l’hiver ou les pays nordiques.

 

 

On n’est pas tous équipé pareil pour affronter le froid.
Une figurante assez habillée et heureuse.
Un figurant pas assez habillé mais heureux.

Cloé assez habillée et heureuse, mais fluo.

La clé c’est la préparation.

 

La neige c’est comme le beau temps : c’est souvent prédit mais c’est rarement aussi bien qu’on le voudrait. C’est aussi ce coté peu prévisible qui la rend si spéciale.

Alors comme souvent dans ce métier il faut d’abord consulter la météo. Entre 5 cm et 30 cm de neige annoncée, les précautions à prendre avant de faire le trajet ne sont pas les mêmes. Si dans le premier cas de bons pneus neiges peuvent suffirent, dans le second les chaines seront fortement recommandées, voir obligatoire sur certaine route. Ne pas arriver à temps sur un tournage à cause de quelques flocons sur la route peut rapidement vous faire passer pour des amateurs.

Il faut aussi distinguer le froid et le grand froid. Car on peut se sentir au frais quand il fait -2°C mais croyez-moi ça pique beaucoup plus quand il fait -30°C, et la logistique change du tout au tout.

Il faudra habiller ses équipes en conséquence, vêtements techniques gants et bonnets seront de précieux alliés mais malheureusement ne suffisent pas toujours. Autant l’équipe technique peut s’habiller comme elle veut mais les acteurs et figurants ont souvent des contraintes liées a leurs rôles. Les leggings c’est sympa quand on est lancé en plein parcours de skating, moins quand on attend immobile que la première assistante règle le stabilisateur. L’inverse est aussi vrai, les pilotes de drones ayant une forte propension à se geler les doigts en manipulant la télécommande. Il faut alors bien comprendre et prévoir les besoins de chacun, qui interviennent à différents moments du tournage et arranger des moments ou les uns récupéreront des sensations dans les doigts, et les autres des couleurs sur les lèvres.

Et pour ça, rien de mieux qu’un bon chocolat chaud au troquet du coin, ou à minima un thermos de thé dans une voiture.

Il n’y a pas que les personnes qui sont concernées par le froid. Il se trouve que les batteries de nos caméras et accessoires sont très sensibles aux grands froid. Le plus souvent c’est leur autonomie qui est affectée mais dans certains cas vous ne pourrez même plus démarrer votre appareil. La solution la plus simple est de garder vos batteries amovibles dans des poches internes, près du corps, ou bien de vous procurer des chaufferettes de poches à placer dans vos sacs. Attention néanmoins, les batteries sont aussi sensibles aux fortes chaleurs. C’est pas simple.

Les optiques sont, elles, sensibles aux changement de température brusques, surtout quand l’air est humide. Typiquement, si vous ouvrez votre sac de caméra dans le troquet où vos figurants se réchauffent, il se peut que votre optique se couvre de buée.  Si vous voulez filmer, il faudra alors attendre que l’objectif se réchauffent. Ou prévoir le coup en ayant gardé une optique “au chaud” quelque part. C’est pas simple on vous dit.

 

Pas de place pour l’improvisation.

Une fois en tournage, et selon les scènes que vous devez filmer, il va falloir établir une liste de priorité. Car la neige est changeante, sa texture et son épaisseur évoluant au fil des températures, même largement négatives.

Si vous voulez une belle neige blanche, légère et sans traces sur toutes vos images ça va être compliqué. Certainement plus compliqué que de prévoir intelligemment vos plannings.

Les itinéraires les plus connus seront les premiers tracés par les locaux en raquettes et en ski. Evitez-les si vous n’êtes pas directement sur place, vous arriverez forcement trop tard. Malheureusement ce sont aussi souvent les plus accessibles. Peut être que le plan d’un skieur qui dévale une pente au sommet du mont local ne vaut pas les 5 heures d’approche et les 10 séquences d’autres activités que vous auriez pu faire dans le même temps. Ou peut être que si. A vous de choisir vos priorités, mais vous devrez probablement faire quelques concessions avec les traces et imperfections de neiges sur ce que vous n’avez pas filmé en premier.

L’exposition au soleil de vos scènes est évidemment à prendre en compte. Privilégiez vos scènes au soleil juste après les chutes de neige et gardez bien les combes ombragées pour plus tard, la neige sera bien mieux conservée et vous laissera d’autres opportunités de faire des images.

La texture de la neige peut aussi décider pour vous de ce que vous allez pouvoir filmer. Si la neige légère sera parfaite pour une belle gerbe de poudreuse, elle sera beaucoup plus décevante pour un bonhomme de neige, car elle se compacte mal. Et une bataille de boules de neige aura beaucoup moins “d’impact”. Alors si vous ne voulez pas décevoir vos jeunes figurants, prêtez y attention.

 

 

Ca vaut toujours le coup de se lever tôt pour les premières traces.
Après quelques jours, c’est déjà moins immaculée.
Une boule de neige ratée. Mais c’est joli quand même.

Pour finir.

Toutes ces petites choses auxquelles il faut penser, c’est bien sur notre propre expérience qui nous les ont inspirées. Certaines sont évidentes, mais y penser en plus de tout ce qu’il faut pour un tournage de base, ca peut faire beaucoup. N’hésitez pas à vous renseigner, consulter les offices de tourismes locaux et connaissances du coin, ils ont souvent les infos qui peuvent faire la différence.